La pubalgie désigne une douleur de l'aine ou du pubis chez le sportif, sans dire d'où elle vient. C'est sa principale limite : derrière ce mot se cachent au moins quatre origines différentes, que l'examen clinique permet de distinguer. Dans le football, chez les professionnels suivis par l'UEFA, la hanche et l'aine représentaient 12 à 16 % des blessures à chaque saison. Deux essais apportent des réponses nettes : chez les sportifs souffrant des adducteurs depuis longtemps, une rééducation active fait beaucoup mieux que des soins passifs, et, dans un essai chez des footballeurs, un seul exercice pratiqué trois fois par semaine en préparation puis une fois par semaine en saison a nettement réduit le risque.
Un mot, quatre origines principales
En 2014, 24 experts de 14 pays réunis à Doha ont fait un constat : une revue de 72 études sur la douleur de l'aine du sportif utilisait 33 termes différents pour la décrire. Leur consensus de Doha, publié en 2015, a écarté « athletic pubalgia », l'équivalent anglais de pubalgie, au profit d'un terme purement descriptif, la douleur de l'aine du sportif, qui ne se fait pas passer pour un diagnostic. Il classe ensuite la douleur selon la structure en cause, repérée à la palpation et par des tests de contraction contre résistance.
| Origine (consensus de Doha) | Où se situe la douleur | Ce qui la réveille à l'examen | Nom souvent utilisé en France |
|---|---|---|---|
| Adducteurs | Face interne de la cuisse, près du pubis | Serrer les cuisses contre une résistance ; adducteurs sensibles au toucher | Pubalgie des adducteurs |
| Ilio-psoas | Devant la hanche, dans le pli de l'aine | Lever la cuisse contre une résistance, ou étirer l'avant de la hanche | Pubalgie de l'ilio-psoas |
| Canal inguinal | Région du canal inguinal, juste au-dessus du pli de l'aine | Contracter les abdominaux contre une résistance, tousser, éternuer ; aucune hernie palpable | Pubalgie pariéto-abdominale, « hernie du sportif » |
| Pubis | Sur l'os du pubis, au centre | Appuyer sur la symphyse pubienne et l'os voisin ; aucun test de contraction spécifique | Ostéo-arthropathie pubienne |
Le consensus ajoute deux points souvent oubliés : la hanche elle-même doit toujours être envisagée comme source possible d'une douleur de l'aine, et un même joueur peut cumuler plusieurs origines. D'autres causes restent à écarter, de la fracture de fatigue à l'appendicite, comme le rappelle la fiche pubalgie d'Elsan.
Pubalgie ou hernie inguinale ? La forme liée au canal inguinal se définit justement par l'absence de hernie palpable. Une boule dans le pli de l'aine relève d'un examen médical, pas d'une rééducation menée seul.
Pourquoi le football y expose autant
Frappes, sprints et changements de direction sollicitent la hanche dans tous les plans, et ces douleurs sont fréquentes dans les sports qui les combinent : football, rugby, hockey sur glace. L'étude UEFA sur les blessures de la hanche et de l'aine, menée dans 23 clubs professionnels européens pendant sept saisons, en a recensé 628. Les adducteurs dominaient très largement (399 cas), loin devant l'ilio-psoas (52). Le risque était environ 6 fois plus élevé en match qu'à l'entraînement : 3,5 contre 0,6 blessure pour 1 000 heures d'exposition.
Ces blessures coûtaient en moyenne 15 jours d'absence, plus d'une semaine dans 53 % des cas, et 15 % étaient des récidives. Les données de 632 joueurs semi-professionnels de l'essai norvégien présenté plus bas ont montré qu'un antécédent de blessure à la hanche ou à l'aine augmentait de 74 % le nombre de semaines avec des symptômes la saison suivante. Parmi les facteurs étudiés, c'était le plus prédictif.
Les footballeuses ne sont pas épargnées, même si les données restent rares : dans une petite cohorte espagnole de 37 joueuses, 14 ont signalé des problèmes d'aine au cours de la saison.
Combien de temps dure une pubalgie ?
Les durées annoncées en ligne vont de quelques semaines à un an. Elles se contredisent moins qu'il n'y paraît, parce qu'elles ne décrivent pas la même situation.
Après une blessure franche des adducteurs, survenue brutalement pendant l'effort, la reprise est assez rapide. Dans une cohorte de 81 sportifs suivant une rééducation par étapes, ceux dont l'IRM montrait une lésion de grade 0 à 2 reprenaient l'entraînement collectif complet en 18 jours (valeur médiane). En cas de déchirure complète ou d'arrachement (grade 3), il en fallait 78.
La pubalgie installée progressivement, qui traîne depuis des mois, est une autre histoire. Dans l'essai de Hölmich, détaillé plus bas, les sportifs avaient mal depuis 40 semaines en médiane, suivaient 8 à 12 semaines de rééducation et n'étaient évalués que quatre mois après la fin du programme. Elsan, de son côté, évoque une rééducation de 3 à 6 mois « selon le niveau de sévérité et le délai de prise en charge », et précise que les formes légères peuvent s'améliorer en quelques semaines quand les formes anciennes ou complexes demandent souvent plusieurs mois. Une reprise trop rapide expose à la rechute.
Ce qui marche : le renforcement actif plutôt que les soins passifs
L'essai de Hölmich, publié dans The Lancet en 1999, a comparé deux prises en charge chez 68 sportifs souffrant d'une douleur des adducteurs ancienne : un programme actif de renforcement et de coordination des muscles du bassin, adducteurs en tête, contre une kinésithérapie sans entraînement actif. Résultat : 23 sportifs du groupe actif ont repris leur sport au même niveau sans douleur, contre 4 dans l'autre groupe.
Une revue systématique publiée en 2009 va dans le même sens : malgré des études de qualité moyenne, l'exercice, en particulier le renforcement des muscles de la hanche et de l'abdomen, reste la base de la rééducation. Réduire l'activité, voire faire une pause selon la gravité, reste la première étape décrite par Elsan ; mais le repos ne redonne pas de force aux adducteurs, alors que leur faiblesse est un facteur de risque connu. Les étirements, eux, ne figurent pas au cœur des programmes évalués ; notre article sur les étirements après le sport fait le tri entre ce qu'ils apportent et ce qu'on leur prête.
Pour suivre les progrès, un test simple a été validé chez les footballeurs : serrer les cuisses contre une résistance pendant cinq secondes et noter la douleur de 0 à 10. Chez 667 joueurs, une douleur de 6 ou plus allait de pair avec une gêne importante sur le terrain. C'est un repère, pas un autodiagnostic : seul l'examen d'un médecin ou d'un kinésithérapeute dit quelle structure est en cause.
Quand la chirurgie se discute
L'opération ne concerne pas toutes les pubalgies. Un essai randomisé mené en Finlande par Paajanen et publié en 2011 porte sur la forme liée au canal inguinal, la « hernie du sportif », chez 60 sportifs qui avaient mal depuis trois à six mois. Après trois mois, 27 des 30 opérés (90 %) avaient repris le sport, contre 8 sur 30 (27 %) dans le groupe traité sans chirurgie ; 7 des 30 patients de ce groupe ont finalement été opérés.
Ce résultat ne dit pas qu'il faut opérer vite. L'étude est petite, limitée à une seule forme de pubalgie, et le groupe non opéré recevait notamment des infiltrations de corticoïdes. Elsan résume la pratique courante : la chirurgie n'est envisagée que si le traitement conservateur ne permet pas d'améliorer durablement les symptômes après plusieurs mois, et plutôt pour certaines atteintes de la paroi abdominale ou du canal inguinal.
Reprendre le foot : la force compte plus que l'IRM
Une IRM normale ne signifie pas qu'on peut rejouer, et une image anormale ne veut pas dire qu'on ne peut pas. Le consensus de Doha rappelle que les anomalies d'imagerie sont fréquentes chez des sportifs qui n'ont aucune douleur. En 2022, pour les douleurs anciennes des adducteurs, un panel de 32 experts consultés selon la méthode Delphi s'est accordé pour juger la reprise sur la force, des tests de performance et les gestes du sport, et a écarté l'imagerie comme critère.
La reprise passe donc par étapes : ne plus avoir mal aux tests, retrouver la force des adducteurs, puis réintroduire sprints, frappes et changements de direction. Peut-on continuer à jouer ou à courir ? Elsan conseille généralement de suspendre temporairement les activités qui sollicitent fortement l'aine, comme le football, quitte à garder des activités à faible impact selon la douleur et l'avis médical. Dans l'étude sur les blessures aiguës citée plus haut, ne plus avoir mal était associé à moins de récidives dans l'année (5 % contre 21 %).
Chaud ou froid ? Aucune des études citées ici ne les évalue, et aucune n'en fait un traitement. Notre article sur le choix entre chaud et froid après le sport explique quand utiliser l'un ou l'autre.
Prévenir : un seul exercice, en préparation puis chaque semaine
C'est le résultat le plus utile pour un club. Dans un essai randomisé norvégien mené sur 35 équipes semi-professionnelles masculines, soit 652 joueurs, les équipes qui ont ajouté un seul exercice de renforcement des adducteurs, l'adduction de Copenhague, ont vu le risque de problèmes d'aine baisser de 41 %. Chaque semaine, en moyenne, 13,5 % des joueurs de ce groupe signalaient des problèmes d'aine, contre 21,3 % dans les autres équipes.
Le protocole était léger : trois séances par semaine pendant la préparation, qui durait 6 à 8 semaines, puis une seule par semaine pendant les 28 semaines de compétition, avec trois niveaux de progression. L'exercice se fait à deux. En gainage latéral, la jambe du dessus tenue par un partenaire à hauteur de hanche, le joueur abaisse la jambe du dessous vers le sol, puis la remonte jusqu'à l'autre. Tenue au genou, la jambe du dessus offre un bras de levier court, plus facile ; tenue à la cheville, l'exercice devient plus exigeant.
C'est un exercice de prévention, testé chez des joueurs sans douleur : un programme proche excluait d'ailleurs ceux qui avaient déjà mal au test de serrage, et il peut donner des courbatures au début. Commencez par la version genou soutenu ; en cas de douleur actuelle, faites-le seulement avec un kinésithérapeute. Sans matériel, il trouve sa place à la fin d'un échauffement ou d'une séance, et complète la récupération après un match de foot sans la remplacer. L'essai ne portait que sur des hommes : chez les femmes, cette preuve manque encore.
Pendant la grossesse, une autre douleur
Beaucoup de suggestions de recherche autour de « pubalgie femme » portent en réalité sur la grossesse ou l'après-accouchement. Selon Elsan, il n'est pas rare que les femmes enceintes développent un syndrome symphysaire, proche de la pubalgie mais distinct. Ce n'est pas une blessure de sportive : la sage-femme ou le médecin qui suit la grossesse est le bon interlocuteur, et l'exercice décrit plus haut, testé chez des footballeurs, ne s'applique pas tel quel.
Qui consulter, et quand ne pas attendre
Selon Elsan, le premier interlocuteur est généralement le médecin traitant ou un médecin du sport, qui peut orienter vers un rhumatologue, un chirurgien ou un médecin de rééducation. Chez les sportifs, la prise en charge associe souvent médecin, kinésithérapeute et préparateur physique, et la durée dépend notamment de la précocité de cette prise en charge.
Le consensus de Doha liste aussi des causes « à ne pas manquer » derrière une douleur de l'aine : fracture de fatigue du col du fémur ou du pubis, maladies de la hanche propres à l'enfant et à l'adolescent, infection urinaire, calcul rénal, appendicite, causes gynécologiques et tumeurs, dont celles du testicule. Une douleur de l'aine chez un jeune joueur en pleine croissance, une douleur qui s'accompagne de troubles urinaires, d'une douleur testiculaire ou d'une boule, ou qui ne ressemble à rien de ce qui précède, justifie une consultation rapide.





